Musique en ligne

ELISABETH ANAÏS

Auteur, Compositeur, Interprète

Pays : France


Elisabeth ANAIS: ou la chanson buissonnière

Qui a dit qu'on ne pardonnait pas à une femme d'être à la fois belle et intelligente? Lorsqu'elle est en même temps parolière et auteur-interprète, aussi férue d'écriture que de littérature, mais avant tout goûteuse de mots devant l'éternel -appelons-le Gainsbourg -, qu'elle aime les plumes en marge, Rimbaud, Fitzgerald, John Fante ou David Mc Neil, funambules reliés par quelque secret fil rouge, et a -suprême élégance -emprunté le nom d'une fameuse égérie, muse d'Henry Miller, qui ne mâchait pas non plus ses mots, pour se faire... un double prénom: Elisabeth Anaïs. Une passagère clandestine de nos villes aux airs d'éternelle collégienne, un peu bohème, un peu Lolita, faussement dilettante, qui croque la vie de tous les jours pour en faire jaillir des chansons (ce qu'elle appelle son " romantisme quotidien ") et collectionne dans ses cahiers des titres tous plus fascinants les uns que les autres, tant il est vrai qu'à défaut de chercher la femme, c'est souvent le titre qu'il faut trouver pour avoir la chanson: "Aventure en pull orange", "Admirablement de passage", "Des graines d'immortelles", " Une écorchure une entaille", "Intimidité", "Sous les couvertures", "Dans ma chambre", "Les genoux écorchés", "La ballade de Chet", "Où es passé ton avenir ?", "Les heures claires", "Retour à la case créole", "Canaille go with you", "Série noire en ciré noir", "Don Juane", "Désillusionniste", "Balance ascendant capricieuse". Car la drôlesse aime en plus jouer avec ses mots ("A Bali on rêve Angkor"), qu'elle cueille, trie, peaufine en orfèvre comme une pêcheuse de perles face à la baie de Frisco. Quoi de plus normal qu'il en soit né un jour un diamant gros comme un tube, "La Rockeuse de diam ...

Elisabeth ANAIS: ou la chanson buissonnière

Qui a dit qu'on ne pardonnait pas à une femme d'être à la fois belle et intelligente? Lorsqu'elle est en même temps parolière et auteur-interprète, aussi férue d'écriture que de littérature, mais avant tout goûteuse de mots devant l'éternel -appelons-le Gainsbourg -, qu'elle aime les plumes en marge, Rimbaud, Fitzgerald, John Fante ou David Mc Neil, funambules reliés par quelque secret fil rouge, et a -suprême élégance -emprunté le nom d'une fameuse égérie, muse d'Henry Miller, qui ne mâchait pas non plus ses mots, pour se faire... un double prénom: Elisabeth Anaïs. Une passagère clandestine de nos villes aux airs d'éternelle collégienne, un peu bohème, un peu Lolita, faussement dilettante, qui croque la vie de tous les jours pour en faire jaillir des chansons (ce qu'elle appelle son " romantisme quotidien ") et collectionne dans ses cahiers des titres tous plus fascinants les uns que les autres, tant il est vrai qu'à défaut de chercher la femme, c'est souvent le titre qu'il faut trouver pour avoir la chanson: "Aventure en pull orange", "Admirablement de passage", "Des graines d'immortelles", " Une écorchure une entaille", "Intimidité", "Sous les couvertures", "Dans ma chambre", "Les genoux écorchés", "La ballade de Chet", "Où es passé ton avenir ?", "Les heures claires", "Retour à la case créole", "Canaille go with you", "Série noire en ciré noir", "Don Juane", "Désillusionniste", "Balance ascendant capricieuse". Car la drôlesse aime en plus jouer avec ses mots ("A Bali on rêve Angkor"), qu'elle cueille, trie, peaufine en orfèvre comme une pêcheuse de perles face à la baie de Frisco. Quoi de plus normal qu'il en soit né un jour un diamant gros comme un tube, "La Rockeuse de diamants", entre autres chansons pour Catherine Lara, Maurane, Philippe Lavil (8 titres sur le dernier CD, dont un duo, "Madame Fonséka"), Pierre Rapsat, comme pour elle-même, écrites avec Didier Golemanas, David Mc Neil, Michel Amsellem, Michel Coeuriot, Claude Engel, Claude Lemesle...

Quelques années après son premier album, "Les filles compliquées", et quelques 45 tours à redécouvrir un jour ou l'autre (dont un, "Mon père ce catholique", écrit par l'auteur d'"Elisa" en personne), et parallèlement à ses chansons " à façon ", elle rentre en studio pour un nouvel opus qui devrait faire date. Arrêt sur la (belle) image d'une auteuse-compositeuse-balladeuse qui a même fait craquer Mick Jagger!

"Quand je serai grande, disait la petite Elisabeth, je serai très connue et j'épouserai Julien Clerc. Vous verrez: je me marierai avec lui!". Si la première prédiction est en passe de se réaliser, la seconde reste plus improbable car elle coule aujourd'hui des jours heureux en ménage et en chanson, l'un n'excluant pas l'autre puisque Manu Guiot est l'âme du studio du Palais des Congrès. Et Elisabeth ne sera pas non plus danseuse, son autre rêve d'enfance après qu'elle eût vu "L'âge heureux" à la télé: "Comme je faisais de la danse de jazz, j'écoutais des choses formidables. Maman m'avait ouvert un compte chez un disquaire, je lui demandais ce qui arrivait d'Angleterre, et je ramenais des milliards de disques. Je n'aimais que ce qui venait de là-bas, à part Gainsbourg, Birkin, Dutronc, Hardy et... Julien!". Car la jeune Cannoise dévore tout ce qui lui passe entre les oreilles et lui tombe sous les yeux, tout ce qui s'écoute et surtout se lit: "J'aimais la poésie, je lisais tout, de Rimbaud à Borgès, de Koestler à Camus, de Vian à Gide, de Nabokov à Le Clezio, Duras, Tournier: à 16 ans, j'avais lu tout Miller".

Et ça continue aujourd'hui, côté west-coast: "Parfois, j'achète trois bouquins par auteur, et un beau jour, je commence à les lire. J'ai découvert l'an dernier John Fante avec " Demande à la poussière ", que j'ai lu à Los Angeles, sur les lieux mêmes de l'action, et dont j'ai repris le titre pour en faire une chanson pour Johnny! J'avais également écrit avec Didier Golemanas "Paul regarde la mer", qui parle de l'écrivain Paul Bowles à Tanger, et puis bien sûr " Gatsby " pour Catherine Lara, d'après Scott Fitzgerald. C'était un passionné de la côte d'Azur et, vivant moi-même à Cannes, j'ai été nourrie de ces grandes maisons délabrées, rêvées, très sudistes, au point de me marier dans l'une d'entre elles! J'aime bien poétiser les lieux, et partir sur la route de Malibu "avec" Kérouac, Fante. Il faut romantiser le quotidien. Manu est toujours étonné que je me promène des journées entières, seule dans les villes...".

Car si le fin mot de notre héroïne est bien sûr l'écriture, encore et toujours, son cheminement passe parfois par des sentiers, voyages et autres jardins secrets, des rues et des villes qu'elle imagine autant qu'elle les explore, un peu comme certain piéton de Paris, et où elle découvre des chansons cachées derrière la vie quotidienne aussi sûrement que Marcel Duchamp voyait son noyé derrière un banal nageur: "C'est important de se promener. Je peux écrire deux chansons par jour, puis plus rien pendant quelques mois. Alors les proches se demandent ce qu'on fabrique! Ainsi en ce moment, je ne travaille pas et finalement... je travaille tout le temps. Aller voir un film, lire un bouquin, ca me sert, parce qu'à un moment donné, ça ressort, l'écriture a besoin d'être nourrie, et ça ne se fait pas forcément à une table de travail.

C'est Plamondon qui avait acheté un grand bureau pour voir quelles chansons il pourrait bien écrire dessus et qui n'en a pas fait une seule! Les chansons se font dans la vie. Moi, je peux entrer dans un restaurant aux Seychelles et... en ressortir avec une chanson sur la patronne ("Madame Fonséka", en duo avec Philippe Lavil ndlr). Je me promène avec mon cahier, où j'ai plein de titres, d'idées que je ne développe pas "exprès": j'avais par exemple le titre "Sous les couvertures" que j'ai laissé reposer, le temps que la chanson se forge avec David Mc Neil ("On ne voit pas dans les journaux nos amours, nos aventures/ On n'est même pas vues de dos/ Sur les couvertures/ Mais quand on est dessous/ Là, tout le reste/ Qu'est-ce qu'on s'en fout!"). De même, quand je choisis un sujet, je vais me documenter: avant d'écrire "La ballade de Chet", j'ai fait une véritable enquête sur Chet Baker, moins pour des références précises que pour avoir une ambiance, et j'ai trouvé une biographie de lui à la bibliothèque du XIIème. Quand j'écris sur quelqu'un, il faut que je le "palpe", du coup je tombe amoureuse du personnage! Quand j'ai fait pour Catherine Lara une chanson avec des citations latines, je me suis acheté deux dictionnaires de latin. Idem pour un titre sur les esquimaux avec Pierre Rapsat. En revanche, quand j'ai rencontré le grand amour, j'ai arrêté d'écrire: je me concentrais complètement sur l'autre (rire)".

Des vagabondages littéraires qui l'amènent parfois à se mettre en état d'urgence, à écrire au pied du mur: "J'aime bien l'urgence, la dernière minute, ça me fait vibrer. J'ai horreur des horaires. Pour le dernier Maurane, j'avais écrit un titre que tout le monde attendait, et qui ne me satisfaisait pas tout à fait. A l'avant-veille de notre rendez-vous, je me suis relevée à une heure du matin, et j'ai réécrit d'un coup la chanson jusqu'à six heures! J'ai récupéré pour moi le texte original, "L'ironie du sort", j'ai appelé le nouveau "Désillusionniste", à partir d'une idée que j'avais eu au départ pour Dutronc, et au petit matin, je l'ai faxé en Belgique à Maurane et à sa productrice Varda Kakon en même temps que je leur chantais la chanson au téléphone, car... je n'aime pas le fax! (rire)". Essai transformé! Car le meilleur ennemi du créateur, et donc de la créatrice, c'est bien sûr le doute, et en puriste de la chose, Elisabeth n'échappe pas à la règle: "Quand tu es auteur, il faut te vendre, et moi je suis toujours en train de douter de tout. Si j'ai du temps, je réfléchis, et si je réfléchis, je doute (rire). Alors, je lis mes textes soit à ma mère, soit à mon mari, qui ne me font pas de cadeaux. Je peux garder une chanson 15 jours sans oser la montrer: ainsi j'avais écrit les deux meilleurs titres de mon dernier album ("Remise de peine" et "Paul regarde la mer") le même jour et je n'osais pas les faire voir à Didier Golemanas, qui en a fait les musiques. En même temps, je n'écris pas n'importe quoi, ni pour n'importe qui: je refuse parfois des chansons, même à des vedettes, et il y en a d'autres que je n'ose pas appeler. Être une femme n'est pas forcément un avantage de ce côté-là, parce qu'il faut toujours en faire plus pour être considérée " à hauteur d'homme ", on pardonnera moins à une fille qu'à un mec!".

Un sujet qui la taraude, puisqu'elle lui a consacré plusieurs chansons, de "Et si Dieu était une femme?" (en préparation) à " Tout, tout et le reste" (sous-titré "Laissons-les rêver") petite satire féminisante, acidulée comme elle les aime, qu'elle met dans la bouche de Philippe Lavil ("Star des fourneaux/ La meilleure au bureau/ Et la plus sexy la nuit/ Dans un fourreau/ La plus belle maman/ Pour nos charmants enfants"):

"Quand tu es une femme, tu es forcément obligée de revenir sur terre, de faire avec la vie de tous les jours. Non seulement tu fais l'artiste, mais tu dois assurer tout le reste, les courses, la cuisine, les enfants, continuer ta vie d'avant, de femme, parce que ça, ça n'a pas changé: l'homme ne fait pas grand-chose à la maison! C'est pour ça qu'il y a si peu de femmes dans ce métier. ça m'a amusé d'en faire une chanson pour Philippe Lavil, dont le refrain dit " Laissons-les rêver/ Faut les laisser respirer ". Parfois, je me dis que je partirais bien un mois toute seule. Si je fais une tournée, pourquoi pas ?!"

Peut-être après cet album de derrière les fagots qu'elle mijote actuellement avec David Mc Neil, Michel Amsellem et quelques autres: "David, comme Gainsbourg, est un des derniers grands seigneurs, on dirait qu'il sort d'un roman. On se donne trois séances de travail par chanson: j'arrive avec l'idée et on la développe, on la sculpte. Nos écritures se confondent parfaitement, et puis j'adore écrire à deux, parce que c'est dur d'être toujours seule face à soi-même. Ensemble, on se fait des récréations".

Où l'on en revient à l'enfance, thème de ses chansons préférées (cf. "Les genoux écorchés"). Car derrière l'auteur à succès, qui aime pêle-mêle "l'eau, les noms d'îles, les rosiers anglais, les tonnelles qui croulent sous les glycines qui croulent sous le soleil, l'heure des belles lumières et des fatigues légères, entendre la nuit sous sa couette le bruit des avions, des vélomoteurs qui passent et qui vous emmènent toujours quelque part" et mille autres plaisirs majuscules, se cache une petite fille espiègle qui rêve toujours du beau Serge et du fringant Julien, mais... comme interprète cette fois!

Elisabeth ANAÏS

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