Musique en ligne

BéNéDICTE BLESS

Auteur, Compositeur, Interprète

Pays : France

Naissance : 1974


Dans son nom d'artiste, déjà, d'une "alarmante douceur", tout un monde.

Bless, comme blessée ou blessure. Bless, comme "bénie" en anglais, pour faire écho à son véritable prénom, Bénédicte. "Il signifie "bénie de Dieu". Le genre de noms qu'on donnait autrefois aux orphelins", dit-elle, à la fois frêle et implacable. On aura compris que Bless, 32 ans, n'aime pas tellement les familles. Par l'originalité de son premier album et la singularité de son parcours, elle se tient d'ailleurs à l'écart de toute tentative d'affiliation ou d'amalgame à une quelconque scène, tendance ou génération. Peu ou pas de références musicales, même si, à telle ou telle heure de sa vie, elle se sera passée obsessionnellement en boucle le Velvet Underground avec Nico, Janis Joplin, Jeff Buckley, Rickie Lee Jones, Violent Femmes ou Elliott Smith. Sa musique n'en porte pas vraiment de traces, si ce n'est le goût du travail âpre et obstiné, et d'un certain vertige dans la création.

De son enfance solitaire à Boulogne, elle a gardé l'habitude de se bâtir des univers dans sa chambre, sans témoin, obnubilée par le plaisir de faire, de défaire, de chercher, sans autre guide que sa sincérité et le besoin de s'exprimer. Très tôt, ce sera le dessin et les poèmes. Plus tard, elle s'essaie au théâtre, un vieux rêve d'enfant, fréquente des écoles, celle de Niels Arestrup à Paris ou de Lee Strasberg à New York, s'y ennuie à mourir. "Je ne suis pas faite pour la scolarité, ni pour le cabotinage." Elle montera pourtant sur scène, pour "Et maintenant le silence", une création foutraque et collective au théâtre de la Bastille et, aux Amandiers, pour "Cymbeline" de Shakespeare, dans lequel elle incarne, le crâne rasé, un jeune garçon et y chante sa premi ...

Dans son nom d'artiste, déjà, d'une "alarmante douceur", tout un monde.

Bless, comme blessée ou blessure. Bless, comme "bénie" en anglais, pour faire écho à son véritable prénom, Bénédicte. "Il signifie "bénie de Dieu". Le genre de noms qu'on donnait autrefois aux orphelins", dit-elle, à la fois frêle et implacable. On aura compris que Bless, 32 ans, n'aime pas tellement les familles. Par l'originalité de son premier album et la singularité de son parcours, elle se tient d'ailleurs à l'écart de toute tentative d'affiliation ou d'amalgame à une quelconque scène, tendance ou génération. Peu ou pas de références musicales, même si, à telle ou telle heure de sa vie, elle se sera passée obsessionnellement en boucle le Velvet Underground avec Nico, Janis Joplin, Jeff Buckley, Rickie Lee Jones, Violent Femmes ou Elliott Smith. Sa musique n'en porte pas vraiment de traces, si ce n'est le goût du travail âpre et obstiné, et d'un certain vertige dans la création.

De son enfance solitaire à Boulogne, elle a gardé l'habitude de se bâtir des univers dans sa chambre, sans témoin, obnubilée par le plaisir de faire, de défaire, de chercher, sans autre guide que sa sincérité et le besoin de s'exprimer. Très tôt, ce sera le dessin et les poèmes. Plus tard, elle s'essaie au théâtre, un vieux rêve d'enfant, fréquente des écoles, celle de Niels Arestrup à Paris ou de Lee Strasberg à New York, s'y ennuie à mourir. "Je ne suis pas faite pour la scolarité, ni pour le cabotinage." Elle montera pourtant sur scène, pour "Et maintenant le silence", une création foutraque et collective au théâtre de la Bastille et, aux Amandiers, pour "Cymbeline" de Shakespeare, dans lequel elle incarne, le crâne rasé, un jeune garçon et y chante sa première chanson, qu'elle compose elle-même. Elle se mettra aussi à la sculpture, une passion validée par plusieurs expositions, au cours desquelles elle vendra la totalité de ses œuvres, et à l'écriture, avec deux romans non publiés, aux histoires follement

surréalistes.

Mais c'est dans la musique qu'elle trouve l'équilibre et l'épanouissement qu'elle cherchait depuis toujours. "Quand je faisais de la sculpture, j'entendais des voix, des borborygmes, comme si je travaillais mes organes. Mon sentiment de repli se renforçait. La musique est plus extérieure, je n'ai pas l'impression d'être isolée." Une première expérience avec DJ Cam, un ami de collège, à qui elle confie un texte, "sang-lien", pour l'album "Underground Vibes", lui donne l'envie de persévérer. Autodidacte complète, elle se met au travail et la quinzaine de titres de l'album naissent peu à peu, Bénédicte-Bless s'attachant sans relâche à tout faire toute seule: l'écriture, la composition, les arrangements. "Si j'écris des histoires, chante t-elle dans une chanson, c'est pour contourner la nuit."

L'album, profondément addictif, baigne dans un clair-obscur. Voix de Françoise Hardy lo-fi, au bord de l'évanouissement, mélodies obsédantes, parfois d'une majestueuse lenteur, guitares à l'anglo-saxonne. On est happé par l'univers intimiste de Bless comme si on flottait directement dans son inconscient ; otage de ses textes à double sens et à la langueur poétique - "comment rester ensemble sans qu'un jour se ressemble" -, captif des textures uniques et vivantes, émaillées de trouvailles sonores, qu'elle produit avec une grande subtilité et une grande force ; prisonnier aussi de ses deux pôles, le masculin, le féminin, comme si sur ce "Fleuve des soupirants", qui sonne comme un "Melody Nelson" fait à la maison, elle était à la fois Jane B. ET Gainsbourg. "Je sais qu'il y a énormément de féminité dans ce que je fais, mais j'ai grandi avec l'idée qu'il fallait trouver sa place parmi les hommes. Petite, je ne montais pas aux arbres, mais j'avais la sensation d'être un garçon. Aujourd'hui, arriver à sortir un dis

que et qu'il soit écouté me donne l'impression de pénétrer le monde." Si tel est le cas, Bless you.

par Florence Trédez

L'album, track by track

Le fleuve des soupirants : "La phrase "le fleuve des soupirants s'est tari cette année" m'est venue d'un trait. C'est l'histoire d'une fille qui consommait beaucoup d'hommes, et qui sent tout à coup qu'elle ne leur plaît plus. Elle comprend alors que ce n'était pas la consommation qui était intéressante. Vers quinze ans, moi aussi j'étais très dragueuse. A dix-huit ans, je me suis enfermée pour travailler et construire."

Ce plaisir (ne m'est pas donné) : "J'ai commencé à écrire ce texte sans me dire que j'allais parler de sexualité, et puis c'est venu tout seul. Encore l'histoire d'une fille: elle a du mal à jouir, mais ne simule pas, et en parle avec son mec pour qu'il fasse des efforts. Je suis souvent agacée par ces femmes qui ne s'expriment pas sur le sujet, et qui considèrent que c'est de leur faute et elles en déduisent qu'elles sont frigides."

Toutes sortes de choses : "Mon père a été élevé par sa grand-mère, à la campagne, assez chichement. C'était une dame toute maigre, très courageuse, qui élevait des lapins, les tuait et les faisait cuire en pleurant, car elle avait de la peine pour eux. Elle avait aussi des boîtes où elle rangeait des choses, et une boîte sur laquelle elle avait écrit: "toutes sortes de choses ne pouvant servir à rien." J'ai transposé l'idée sur tous ces petits souvenirs qui nous semblent sans importance et qui font en réalité la richesse de notre passé."

Fais un voeu : "Une femme qui aime son mec en a marre d'être déçue et lui pose un ultimatum. Comme ma relation de couple est vivante, il y a des moments où je me dis qu'elle porte tout en elle: la rupture, le fait de vivre ensemble jusqu'à 80 ans, les souvenirs. On peut parfois s'enfoncer très loin dans l'idée de rupture, alors qu'on n'y est pas."

La raison pure : " Une chanson qui parle du deal, de la négociation et du mensonge. Je pars du principe qu'on me dit toujours la vérité. Dans le texte, le personnage aussi est resté crédule, donc un peu enfant. Il y a un proverbe chinois qui dit: "on devient adulte quand on apprend à mentir."

Dusty dirty duty : "Un exercice de style pour la compilation indé "Travaux Publics", initiée par Rubin Steiner. Il fallait faire un morceau punk, moi qui n'y connais pas grand-chose, j'ai brodé à partir de l'idée que je pouvais me faire du punk."

Les buvards : "Là je parle du processus de l'écriture. Avant d'écrire un texte, je convoque une sensation, et j'essaie de m'enfoncer le plus loin possible dans mon imagination. Après, je m'amuse à broder. C'est un titre très très lent où les fantômes incarnent l'imaginaire. "

Anyway : "La lassitude de la relation amoureuse. On continue à aimer l'autre, même s'il y a plein de petites choses quotidiennes qui nous freinent dans notre amour."

Monsieur X : " Monsieur X, c'est l'inspecteur Gadget que je regardais gamine, un personnage de dessin animé qui nous ferait découvrir la sexualité. Le plan Gar Semor = le plan "orgasme"."

Invisible star : "Une observation ironique de gens autour de moi, qui font de la musique et qui soudain pètent les plombs parce qu'il ont du succès. Pour moi, le succès ne change rien à la qualité d'une personne, dans le bon ou le mauvais sens. L'important est de pouvoir s'exprimer."

Touchy man : " Une femme aime son mec, non parce que c'est une star ou un prince charmant, bronzé et musclé, mais parce qu'il caresse bien."

Un ange à ma table : "À quinze ans, j'avais lâchement plaqué par téléphone un garçon amoureux de moi. Trois mois plus tard, j'ai reçu une très belle lettre de lui. Il m'écrivait que je l'avais blessé en rompant ainsi mais que ça ne changeait rien aux sentiments qu'il éprouvait pour moi. Ça m'a inspiré cette chanson, où une fille veut quitter la personne qu'elle aime, et celle-ci respecte son choix. En la répétant à la guitare, je me suis aperçue qu'elle pouvait avoir un double sens et parler de la mort."

Femme lascive : " Je tourne en dérision une amie qui envisage la relation homme-femme d'une manière très caricaturale. Elle pense que la femme obtient tout par le biais de la séduction. Je voulais aussi parler de la misogynie, et de la complaisance de certaines femmes à son égard. "

Le fauteuil : " J'étais adolescente. Mon père et un de mes frères discutaient ensemble. Moi, j'assistais à leur conversation, comme un pot de fleur. A un moment, ils ont éteint la lumière, ils sont sortis, et je suis restée là, toute seule, dans le noir, avec le sentiment de ne pas exister."

Coming soon (ghost track) : "Un morceau très doux qui parle de l'accouchement. À la naissance de mes filles, j'ai ressenti très fort la présence de la mort. On a l'impression que je parle de quelqu'un parti à la guerre, mais j'évoque l'enfant à venir, à la fois très loin et très proche."

par Florence Trédez

Bénédicte BLESS

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