SACHA DISTEL
SACHA DISTEL

Nom : DISTEL

Prénom : SACHA

Pays : France

Statut : Compositeur

Naissance : 29 janvier 1933 - Paris, FRA

Décés : 22 juillet 2004 - Rayol-Canadel-sur-Mer, FRA

- Biographie -

Sacha d’hier…

Une âme slave de loin en loin, mais surtout et précisément du sang ukrainien dans les veines pour la détermination. Né à Paris, Sacha Distel est un enfant de la balle. Son oncle, Ray Ventura et ses proches «Collégiens » swinguent avec bienveillance sur sa jeunesse sauvage et émergente qui regarde tout le microcosme du music-hall s’émerveiller autour de lui.

Sacha Distel s’ouvre donc au monde au contact de Paul Misraki, Bruno Coquatrix et Loulou Gasté qui sont un peu comme les héros des coulisses de l’exploit. Il apprend aussi la guitare avec un jeune musicien excentrique et fantastique qu’il doit réveiller chaque matin, Henri Salvador. Et voici le lycée qui offre au jeune Sacha la chance de pouvoir jouer dans l’orchestre de jazz de l’établissement. Il joue mais déjà ne pense qu’à chanter. On lui rétorque alors que : « dans le jazz, on ne chante pas… ». Qu’importe ce qu’on dit puisqu’il y a Frank Sinatra qui érige le crooner en modèle absolu.

Les années 50 filent à toute allure pour tenter d’oublier la guerre. La France s’émancipe, Paris se dévergonde et Saint Germain des Prés illumine son phare qui balise désormais le monde entier. Jeune, beau et épris de musique, Sacha Distel se fond avec sensualité dans l’existentialisme cérébral. « Le Tabou » ou le « Club Saint Germain » inventent un nouveau territoire dont l’égérie indomptable est Juliette Gréco et les penseurs flamboyants sont Roger Nimier, Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir. Il accompagne à la guitare Juliette Gréco puis Sarah Vaughan. On fait largement pire comme premier métier.

Puis il sera éditeur musical avant de devenir le nouveau prince d’une chanson pop et fantaisiste. « Les scoubidous » entrent dans la légende, vite rattrapée par « Oh quelle nuit » ainsi que le tonitruant « Scandale dans la famille », puis « Monsieur Cannibale », ou « L’incendie à Rio ». Une vedette est née et s’identifie bientôt à la télévision de divertissement qui se cherche et s’invente alors au jour le jour. Voici Sacha devenir le symbole lumineux d’une nouvelle forme de shows télévisés dans lesquels les artistes se rassemblent en famille pour donner du bonheur au public. « Guitares et copains » ne tarde pas à se transformer en « Sacha show », pépinière impressionnante de jeunes artistes à l’écoute du mouvement, et d’une vie bouillonnante. Serge Gainsbourg, Jean Yanne, Jean-Pierre Cassel et plus tard Pierre Desproges ou Daniel Auteuil forment la créative garde rapprochée de Maritie et Gilbert Carpentier. Sans oublier la pétulante et solaire Pétula Clark, amie et épaule confidente de toujours qui restera comme la petite anglaise préférée des sacrés français. Ainsi va la vie d’un jeune homme qui devra attendre que la « Perfide Albion » lui ouvre ses bras pour être enfin pris au sérieux.

Classé trente-quatre semaines en 1970 au hit-parade anglais avec « Raindrops keep fallin on my head » qui deviendra en France « Toute la pluie tombe sur moi » avec un égal succès, Sacha Distel devient alors le Français idéal dans un pays où les antagonismes de la guerre de Cent ans ne sont toujours pas enterrés. « Sacha sunny voice » s’impose et foule avec bonheur les scènes du Paladiuml , du Savoy et de l’Albert Hall, tout en devenant une figure aimable aux yeux de la tribu royale. Il en est ainsi pour celui qui parvient enfin à être reconnu pour ce qu’il aspirait à être à ses débuts. Un crooner musicien. Mais nul n’est prophète en son pays.

Sacha Distel revient alors en France avec des chansons populaires et taquine plus d’une fois les premières places des podiums grâce à la volonté opiniâtre d’un producteur dont la variété est le credo. Les années 80 se profilent avec l’envie irrépressible d’être à nouveau à l’ordre de la guitare et des caves enfumées où les nuits jazzent. Il s’agit de ressusciter les « Collégiens » de son adolescence, d’être à l’heure de ses cent concerts par an et d’oser en 1999 incarner et endosser en version originale le rôle principal de la comédie musicale « Chicago » dans sa deuxième patrie l’Angleterre, et ce avec le triomphe en supplément au programme. Des années pour parvenir à se rassembler et donc à se ressembler…

Distel d’aujourd’hui…

C’est ainsi chose faite grâce à de nouvelles rencontres qui sont autant d’appels d’air et de sources d’inspirations. En premier lieu Danièle Molko, éditrice acharnée qui croît que le temps est venu pour Sacha Distel d’être et ne plus paraître. Elle le regarde avec d’autres yeux et l’emmène jusqu’à la porte de Nicolas Gautier et Santi chez Universal. Ensemble ils écoutent un projet d’album anglais de standards internationaux orchestré pour trois guitares et une basse. Sacha a donc trouvé une nouvelle équipe qui cesse de voir en lui le frenchy idéal de la reine d’Angleterre. Ensemble ils vont imaginer le futur en double.

Double album plus exactement, comme pour mieux souligner les deux facettes d’un même artiste. Un premier disque rend hommage au music-hall américain. Sinatra is still alive et Sacha enfin décomplexé se met réellement à chanter. A chanter les classiques du genre dont « My funny Valentine », « What a wonderful world », « All the way » avec l’amie de toujours Liza Minnelli, ou encore « When I fall in love » avec la voix unique de Dionne Warwick. Qui d’autre en France peut ’enorgueillir de partager le micro avec le palais de la voix ? Ceci explique cela, Dionne Warwick accompagne aussi le Distel d’aujourd’hui dans l’une de ses propres compositions devenue un classique outre-Atlantique. « The good life » (en français « La belle vie ») a fait de Sacha Distel le géniteur éternel de l’une des chansons que Tony Benett puis Frank Sinatra porté par l’orchestre de Count Baie et arrangé par Quincy Jones, populariseront dans le monde entier. Claude François et son légendaire « Comme d’habitude », Sacha Distel et « La belle vie ». Combien sont-ils dans ce cas ? Un album donc pour illustrer ses racines musicales et faire percevoir qu’il n’y a pas de hasard, lorsqu’on sait que Sacha Distel peut spontanément chanter le répertoire de James Ingram lors d’une soirée avec Nathalie Cole.Et pour être en parfaite symbiose avec ses origines Sacha Distel choisit son arrangeur de toujours Raymond Gimenes, avec qui il part à Sofia en Bulgarie, pour enregistrer toutes les parties symphoniques.

Double vie, double influence, double carrière et voici donc l’idée du deuxième album. En français cette fois-ci, avec des compositions originales du Distel d’aujourd’hui transcendées par les mots d’une nouvelle génération d’auteurs. Patrice Guirao (Art Mengo, Johnny Hallyday…) lui envoie spontanément de son atoll de Tahiti une quinzaine de textes avec comme préambule :« Tu chantes comme tu chantes, tu fais ce que tu fais, mais il n’y a que toi qui peut proposer ce que tu es… ». Dont acte. Et ainsi s’est créée une vraie relation d’auteur à compositeur, de maquettes au format MP3 en e-mails quotidiens, la modernité motive aussi le travail … Sacha Distel est ainsi scruté de l’intérieur, révélé à lui même : « Aimer les femmes » et « La nuit est ma maîtresse » pour asseoir les fondations, puis musarder dans des chemins de traverse plus escarpés avec « J’aurais aimé » ou « Au bout du compte ». La relation ivre de longue distance entre le musicien et l’auteur pictural a inventé un nouvel univers dans lequel à leur tour Brice Homs avec « Mon amour vous ment » ou Daria Martynoff avec « Charme » se sont immiscés sans souci. Le charme singulier de l’instinct féminin finira par accomplir la substance d’un tel disque. Sylvie Mathis dessine le portrait d’un Sacha Distel largement mis à nu par les fragments du discours amoureux. « Je l’aime », « Ecoute mes yeux », « Vivre pour aimer » ou « La musique de l’amour » entre autres fracturent par l’émotion l’image un peu lisse du chanteur de charme. Et pour imprimer la sincérité d’une telle démarche, Charles Aznavour écrit les mots de « Nous » comme le trait d’union de frères de cœur unis par les liens sacrés de la tradition du music-hall international. Avec la certitude aussi pour Sacha Distel d’être finalement assez mal connu au pays des auteurs.

La France, doux pays de la romance, reconnaît moins ses compositeurs, tradition littéraire oblige. Toujours est-il que c’est bien la première fois que Sacha Distel signe un disque où toutes les musiques sont écrites par lui et pour lui. Pour les arrangements, la réalisation se partage entre Jean-François Berger, que Sacha découvre à travers le dernier album de Marc Lavoine, Khalil Chahine, ombrageux et lyrique à la fois, guitariste lui aussi et compositeur élégant de musiques de film, et le fidèle Raymond Gimenes pour trois chansons. Voici donc l’histoire de ce double engagement. Entre nostalgie et présent, ce disque raconte aussi les aventures musicales d’une sorte de Docteur Jekill et Mister Hyde.

Balancé depuis toujours entre la musique populaire et le jazz, il n’était pas dit qu’il serait possible pour Sacha d’hier et Distel d’aujourd’hui de s’imaginer avec l’enthousiasme d’un débutant. Quarante ans après des débuts singuliers dans le registre amuseur et amusant, celui qui fut néanmoins crédité de « meilleur guitariste de l’année » par les très respectés « Jazz Hot » et « Jazz magazine » s’amuse d’être enfin unifié par la grâce d’un disque. Comme le témoignage d’une vie finalement très réussie au cours de laquelle on peut être à la fois champion et challenger, Sacha Distel s’avance aujourd’hui vers nous comme l’exemple aussi d’une force en marche. Une leçon de vie sereine qui prouve bien la vitalité de ses racines ukrainiennes. La boucle est bouclée et… « The show must go on », avec la même « envie d’avoir envie » que son copain de toujours. « La belle vie » est un rêve devenu réalité.

Eric Jean-Jean / Abacaba